Il s'en va. Il s'en va dans la froideur d'un hiver qui est le dernier rempart d'un tumulte qui s'approche lentement. Lentement. Aux corbeaux lointains, aux corbeaux qui ne contemplent point un songe, aux corbeaux nés durant mes vertes années, je leur dis que rien de ce qui est ici ne viendra les perturber. Je leur lis le silence qui ne veut point épouser cette contrée. Aux champs lointains, je leur dis tumulte du présent. Je leur dit étendard. Aux enfants perdus, je leur offre un jour dénué de trépas. Je leur offre ce qui a été oublié. Je leur offre ce qu'un poète n'a point voulu donner.
24 janv. 2015
9 déc. 2014
FRAGMENT 09/12/2014
Lorsque l'on savoure quelques instants dénués d'inepties, on ne se gausse point. On laisse son esprit caresser ce qui est lointain. Lorsque l'on se met en quête d'un instant que l'on dit révolu - révolu, parlez pour vous - on aperçoit ce qui semblait être perdu. Serait-ce la confiance ou autre chose ? Ici une algarade pour un innocent fruit que l'on a retiré de son foyer. Où est donc ce goût qui se transmettait et qui s'est perdu dans la pénombre ? Il y a bien une vérité que l'on recherche et qui s'évapore. Mais s'évapore-t-elle vraiment ? Ne cherche-t-on pas à l'étouffer volontairement car elle est insupportable à contempler sur un champ dénué de peupliers ?
Elle est enfouie quelque part en nous. Mais nous la nions. Nous la nions car elle ne porte point de somptueuse robe. Nous la nions car elle s'offre à nous. Mais n'a-t-on pas dit qu'elle était enfouie ? Certes enfouie mais visible pour tout oeil qui perçoit la clarté - la lumière - de l'autre côté du mur.
Le mur, n'est-ce pas ce qu'on nomme barrière ? Et de l'autre côté de la barrière, n'y a-t-il pas un espace où luit ce que l'on nie ? Espérait-on trouver des peupliers ?
12 nov. 2014
FRAGMENT 12/11/2014
Le temps est un souffle dont le parfum change. A chaque fois, nous constatons que ce n'est plus la même senteur. Ce n'est plus le même parfum. Ce n'est plus le même automne. Ce ne sont plus les mêmes feuilles qui habillent le sol. Ce ne sont plus les mêmes platanes, ni les mêmes peupliers. C'est une autre odeur, une autre senteur, un autre parfum qui touchent nos narines. Naguère une senteur caressait vos narines. Aujourd'hui c'est une odeur qui fissure votre joue. Que regardiez-vous, que regardait-on lorsque le souffle d'octobre habillait de rouge les feuilles ? Ce n'est plus un souffle d'octobre mais une chaleur qui vient déflorer octobre. Le temps est bien un souffle qui change de parfum.
7 oct. 2014
FRAGMENT 07/10/2014
Il n'y a point encore cette brume qui traverse les corps afin de leur donner un frisson. Cet automne n'est point comme les automnes de jadis même si les arbres se dénudent enfin. Mais deux hommes suffisent. Deux hommes. Plusieurs années les séparent. Mais lorsque leurs yeux se croisent, ils comprennent qu'ils sont habités par le même automne et qu'ils contemplent le même étang. Ils savent désormais qu'ils respireront la même brume.
11 sept. 2014
FRAGMENT 11/09/2014
Un buisson attire votre attention. Il est touché par la même lumière qui vous habite. Vous vous sentez proche de lui. Le buisson danse au léger vent qui vient vous interpeller. Il est votre havre de paix même si vous n'êtes pas en lutte avec quelqu'un. Et puis, vous vous retirez pour le laisser en paix. Il se couche avec le soleil. Ce buisson a attiré votre attention. Vous l'aimez. Vous l'avez aimé. Vous estimez qu'il est temps pour vous de vous retirer. C'était un buisson d'un automne disparu.
5 sept. 2014
FRAGMENT 05/09/2014
Ce regard. Ce regard perdu. Ce regard perdu se fige. Il se fige vers le néant. Sur le néant. Un néant perdu sous la lumière. Un néant où restent prisonniers à jamais, deux êtres. Ce n'est point un masque qui trône par ici mais un cercle. Une vie vers l'infini. De vives cicatrices dans l'obscurité. Mais voici un regard incertain qui se fige sur un un corps qui cache ses vicissitudes. Vicissitudes malgré ce sourire. Il reste bien une chenille sortie de son astre à la recherche d'un champ mais il n'y a que des vies qui étreignent le silence dans l'ombre. Que cherche-t-on dans ce canal ? Cherche-t-on quelques chaumières ? Cherche-t-on un rocher délabré ? Ce n'est point une pellicule mais une image. Ce n'est point un regard mais deux regards derrière un barreau. Deux regards loin d'une arène. Deux regards sereins qui sortent du néant.
3 sept. 2014
FRAGMENT 03/09/2014
Au loin, on laisse les chênes vieillir en paix. On laisse aussi les feuilles sur la marée verte. Qu'importe si un gouvernement tombe. Ces gens-là ne parlent des chênes que pour quelques liasses. On affirme qu'ils ont le monopole des idées. On parle d'un chemin qui mène vers la gauche. On parle d'un sentier qui mène vers la droite. On parle aussi d'autres chemins où traînent des baïonnettes. Balivernes ! Le chêne n'est point rouge ou bleu. Il n'est ni rose, ni mauve, ni orange. Il se nomme nature. Il n'adore point les idéologies. Il n'est qu'un souffle du passé qui respire ardemment le présent. Le chêne n'est point politique. Le chêne n'est qu'un parfum de nostalgie que respirent les hommes qui ont appris à sourire au vieil automne de leur enfance. On laisse vieillir les enfants qui, martyrisés par leurs semblables, ont épousé l'automne. Ils ne sont plus les enfants de leurs semblables. Ils sont les enfants d'automne.
18 août 2014
FRAGMENT 18/08/2014
Ce qui est du silence ne se perd point même lorsque le peuplier agonise. Il agonise car ces deux êtres ont gravé un cœur sur son long corps. Ils l'ont écorché. Ainsi, quand on esquisse ses sentiments, on ne regarde point ce que l'on fait. Ce que l'on nomme été est un silence où l'on brûle le feuillage. On ne sait pas ce qu'est le chemin de la croix verte. Ne serait-ce pas l'allée verte ? Ne serait-ce pas l'église verte, si chère à Hervé Bazin ? On a bien trouvé un chemin vert mais en été, il est ignoré. En automne, il reste vert quand les autres arbres revêtent leur robe orange avant de se dénuder. Ce qui est du silence ne se perd point mais le chemin vert reste majestueux même lorsque les détritus jonchent les allées. Ai-je bien vu que les arbres de la croix verte ne se dénudent point ? Ils ne se dénudent jamais.
25 juil. 2014
FRAGMENT 25/07/2014
Ce territoire était une vaste étendue de verdure qui était coupée par du béton et par un épais macadam. Aujourd'hui encore, Fernand se sent orphelin de cette contrée à chaque fois que ses yeux se posent sur ces photos jaunies par la poussière du temps. Une période de sa jeunesse où l'on se reposait sur l'herbe afin d'en aspirer la senteur verdâtre.
Naguère, il ne comptait point les heures passées dans un autre monde jusqu'à ce que son paternel ne poussât un cri depuis le balcon afin de le ramener à la réalité. Un cri dont le son élevé eût assurément déplumé un poussin en mal d'affection.
"Alors, on rêvasse sur l'herbe, complètement avachi ?" hurla son géniteur. Qu'importe. Dès cet âge, Fernand avait pris l'habitude de contempler un ballon de beaujolais pour admirer la robe légère de cet étrange breuvage qu'il aspirait une fois que son paternel colérique eût tourné le dos. L'infortuné appris par la suite que ce Beaujolais n'était qu'un vulgaire vin de table qui, à défaut de caresser ses papilles, provoquait une lourdeur sur le haut du crâne.
Les arbres n'y sont plus. Ils étaient la richesse de ce territoire. C'était l'époque où le jeune Fernand contemplait cet homme étrange qui errait à travers la ville. Il était vêtu d'un veston et d'un chapeau noirs. Une écharpe jaune entourait sa gorge. Il devait porter une cinquantaine d'années sur ses épaules. Il était bien rasé, contrairement à certains hommes, aujourd'hui, qui arboraient une paille grisâtre autour des lèvres. Cet homme marchait lentement. Il semblait prendre son temps. Sans doute un adepte de la patience et du bon sens. Son visage taciturne se perdait dans les nuages. Il regardait Fernand sans jamais lui adresser la parole. Il venait ici chaque jour, contemplant les arbres avec son meilleur allié, le silence.
Fernand perdit de vue l'homme par la suite. Vingt ans plus tard, il le revit dans une brasserie. Quelques rides ornaient son visage mais sa silhouette était restée la même. Il but un café, régla l'addition et quitta l'établissement. Le regard des deux hommes se croisa. Le vieil homme lui dit "Au revoir, jeune homme". Fernand lui rendit la politesse. Un homme qu'il venait de revoir et dont son salut était une forme d'adieu. En ce dernier dimanche d'été, le visage de Fernant devint taciturne et se perdit dans les nuages.
15 juil. 2014
FRAGMENT 15/07/2014
Je ne suis qu'un vieux fou qui écoute les peupliers intègres. Je vous entends. Vous criez votre indignation mais vous fermez vos paupières sur ce qui se passe de ce côté-ci de la terre. Par ici, le sol est recouvert de fluide rouge mais on ne s'en offusque point. L'indignation est bien devenue sélective. Elle ne rugit que lorsqu'elle se sent concernée. Par ici un enfant tué. Un homme tué. Une femme tuée. Un nouveau-né ensanglanté. On s'offusque, on hurle sa colère, on accuse le monde d'indifférence. Dans d'autres contrées on tue bien. On passe de vie à trépas. On égorge. On déflore. On pend. On lapide. On laisse traîner des corps sans vie et pourtant, le silence. Le sang coule bien sur Terre mais mes semblables ont décidé de ne regarder que ce qui les touche. On ne pleure que lorsque ce sont ceux que l'on nomme "siens" qui sont fauchés. Sombre humanité ! Tu peux bien tuer de ce côté-ci. Tu peux contraindre autrui au nom de vieilles traditions mais tu n'auras que du silence. Ils ont choisi de s'offusquer de ce qui se passe là-bàs. Par ici, que du silence. Un silence qui habille la nuit obscure. Laissez-moi donc avec votre indignation partielle. Je ne suis qu'un vieux fou qui contemple de sages peupliers.
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